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Les charmes du pont canal de Briare

Drôle de personnage

Ouvrez les vannes

Bonjour, je suis … mais je doute que vous puissiez me croire. Je préfère garder mon identité secrète tant que vous n’avez pas appris à mieux me connaître. Vous douterez ensuite que l’eau ne coule que sous les ponts, il y a parfois des exemptions et j’en suis le plus bel exemple et si vous pensez que je vous mène en bateau, vous n’auriez pas tort sans qu’il faille y voir malice de ma part.

Tout est venu sans doute de ma naissance. J’ai eu deux pères, la chose n’est pas aisée sans doute mais il faut reconnaître qu’à l’époque les tests ADN n’étaient pas de mise. Léonce-Abel et Charles prétendirent tous deux m’avoir couché sur le papier. J’étais déjà dans de beaux draps et voilà qu’un autre comparse, Gustave, s’est vu attribuer tous les mérites de naissance du seul fait de sa notoriété.

Un vilain tour qu’on m’a joué ici d’autant plus que je n’étais pas le premier de la famille. Le petit Guétin avait pris les devants, j’ai même eu un cousin, un certain Rohan ou un prénom approchant. J’avoue que je n’ai guère voyagé, me contentant d’enjamber mon petit pré carré et me satisfaisant de faire voyager les autres. Je suis si bien sur les bords de ma rivière.

Je fus d’ailleurs très longtemps le plus grand de toute la tribu, ce qui fit de moi une véritable vedette. J’ai été photographié sous toutes les coutures, des artistes m’ont croqué, des poètes ont chanté mes louanges. Il est vrai que j’ai sauvé bien des vies par ma seule présence en ce beau village. Je suis l’ange gardien de toute une profession et la fierté de notre belle région. L’Elbe me détrôna sur le livre des records, un lointain cousin Germain dont je n’ai que faire.

Ma gloire est chimère et ma réputation usurpée. On prétend que je suis un porc, une faute de graphie sans aucun doute. Ce sont de chimères justement que je me fais gloire et c’est à elles que je dois ainsi d’être connu et reconnu au premier coup d’œil. Je peux vous éclairer de mes lumières en ajoutant qu’elles sont disposées sur mon tablier sous lequel vient se protéger et se cacher ma chère Dame Liger. Je la couve des yeux et j’ose vous l’avouer, je n’ai de cesse de l’enjamber afin de passer des jours heureux en sa compagnie.

Cela fait si longtemps que ça dure que je me demande encore comment nous parvenons encore à entretenir la flamme. Bien des maris jaloux et des maris niés aimeraient vivre une telle union. Pour nous, la paix niche en ce merveilleux petit coin de Loire. Mais je dois faire bief, mes histoires n’intéressent pas grand monde d’autant que de manière injuste, l’Unesco m’a écarté de son classement. Pourtant ils sont nombreux à venir faire escale en ma demeure, franchissant le pas sur mon dos ou bien sur mes flancs. J’ouvre complaisamment mes portes à ceux qui veulent bien me découvrir, étant passeur d’émotion et bien plus encore.

Je poursuis mon œuvre étant un pont entre les hommes, me faisant guide pour les plaisanciers et quelques professionnels du fret qui ont repris mes voies d’eau. Je suis un grand communiquant,au service d’une canal le première en Europe et sans doute au monde à réunir deux dames qui ne vivaient pas dans le même lit.

Je pense désormais que vous avez deviné qui je suis. Pour ceux qui manqueraient de perspicacité, je suis le pont canal de Briare et je vous invite à venir me traverser, en bateau ou bien à pied. Profitez-en également pour rendre visite au musée des deux marines, vous serez enthousiasmés par sa scénographie.

Bon je retourne à mon ouvrage. Je ne peux m’absenter bien longtemps, Loire et Canal me feraient vite des reproches et la Seine n’est jamais loin grâce à mes précieux services. À vous de deviner toutes les espiègleries semées là pour vous distraire ou bien vous perdre. Bonnes recherches à tous et à bientôt sur mon dos.

Appontement sien.